« Rencontre avec
Kim Ki-Duk »

Kim Ki-Duk est l’un des réalisateurs les plus créatifs et les plus productifs du nouveau cinéma sud-coréen. Radical, esthétique, perturbant, son cinéma, riche en métaphores, tourne autour des thèmes de la solitude, de la schizophrénie et des désirs inassouvis.

« Un jour, j’ai fait un rêve. J’étais si fatigué que je dormais dans ma voiture et mon ami conduisait, quand nous avons eu un accident. Etrangement, en me réveillant, je ne pus m’empêcher de penser que c’était moi qui avais causé l’accident.

Je n’étais encore qu’à moitié éveillé quand j’ai commencé à écrire une histoire. Cet état de demi-sommeil pouvait être un rêve ou un cauchemar. Lorsque nous avançons dans la vie, nous rencontrons des gens que nous sommes voués à rencontrer, et il n’y aucun moyen d’éviter que les chemins se croisent. D’abord, nous nous réjouissons avec une exaltation vertigineuse, mais peu à peu, ceci se meut en haine, et nous aimons avec une intention meurtrière. Etre amoureux peut signifier être heureux, cela signifie aussi haïr et souffrir.

Quand nous nous trouvons dans un état tel que nous voulons tuer la personne que nous avons aimée, nous rêvons d’un autre monde. Finalement, deux individus ne font plus qu’un au fur et à mesure qu’ils se maltraitent, mutuellement, et que chacun devient l’objet de la maltraitance. De la même façon que le noir et le blanc qui se dévisagent sans autre choix. »

Kim Ki-Duk est né en 1960 à Bonghwa, un village de montagne dans la province de Kyungsang en Corée du Sud, qu’il quittera à neuf ans pour s’installer avec sa famille dans la banlieue de Séoul. Son frère aîné renvoyé de l’école, son père l’oblige à arrêter sa scolarité pour l’inscrire dans un collège agricole. A seize ans, il travaille alors dans différentes usines, puis s’engage six ans plus tard dans la marine pour effectuer son service militaire. A vingt-huit ans, libéré de ses obligations militaires et ne sachant que faire, il se retrouve à vivre – en contrepartie de bénévolat – dans une église accueillant des mal-voyants. Il pense devenir prêtre, puis finalement se consacre à la peinture.

En 1990, réunissant toutes ses économies, il quitte la Corée pour voyager à travers l’Europe (de la Finlande à la Grèce en passant par l’Allemagne). En 1992, après avoir séjourné à Paris, il s’installe dans un village près de Montpellier au sud de la France. Il vend quelques-unes de ses peintures pour survivre et découvre le cinéma.

De retour en Corée trois ans plus tard, il suit des cours de scénario, écrit son premier scénario et remporte de nombreux prix dont celui du Meilleur Scénariste de Corée avec Painter and Prisonnier, puis gagne un autre prix à la Korean Motion Picture Association grâce à son second scénario, Illegal Crossing. L’année suivante, en 1996, Kim Ki-Duk a enfin l’occasion d’écrire et de réaliser son premier film. Il débute ainsi au cinéma, sans aucune expérience, avec Crocodile, en mettant en scène son nouveau scénario. Par la suite, il signera tous les scénarios de ses films.

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